De la construction de maisons à la recherche d'un équilibre : Damien Boucher se lance dans une carrière dans le domaine de la santé mentale
« N’oubliez pas de rêver. Tout le monde doit avoir un rêve, et cela recèle une grande force », insiste Damien Boucher. Son rêve est de rétablir l’équilibre dans le monde. Il est né à Edmonton mais a grandi à Ottawa. Sa mère est originaire de Fort Smith, dans les Territoires du Nord-Ouest ; elle a survécu à un pensionnat autochtone et à la « rafle des années 60 ». Boucher a travaillé dans le bâtiment, la couverture, la charpente et la menuiserie générale pendant les 14 dernières années, puis il a décidé, il y a quelques années, de changer de carrière pour devenir professionnel de la santé mentale, estimant qu’il n’y a pas assez de ressources pour aider les personnes défavorisées à surmonter leurs traumatismes.
Ce qui l'a notamment conduit vers le domaine de la santé mentale, c'est le suicide d'un ami d'enfance, ses propres problèmes d'abandon liés au départ de sa mère lorsqu'il avait neuf ans, ainsi que sa découverte des travaux de Carl Jung sur « l'enfant intérieur », qu'il a associés à la méditation de pleine conscience et à une histoire fondatrice décrivant un parcours de guérison spirituelle, un enseignement que sa mère lui avait transmis.
En tant que bénévole au sein d’une association locale qui vient en aide aux adultes ayant subi des abus sexuels pendant leur enfance, Boucher animait des séances de méditation de pleine conscience et proposait des exercices axés sur l’enfant intérieur afin d’aider d’autres victimes à surmonter leur traumatisme. C’était une activité qu’il pratiquait déjà depuis huit ans avant de rejoindre cette association. Il trouvait tellement gratifiant d’aider les autres qu’il a souhaité poursuivre dans cette voie, ce qui a éveillé en lui le désir de reprendre des études pour devenir praticien professionnel.
Aujourd'hui, Boucher suit des études pour devenir travailleur social à l'université Carleton. Il a d'abord rejoint le Programme de soutien renforcé pour les Autochtones (IESP), dans le cadre duquel il a suivi des ateliers et deux cours universitaires. Après avoir réussi ces modules, il a obtenu une lettre de recommandation qui lui a permis d'intégrer le programme de son choix. Grâce à l'IESP, il a eu l'occasion de se créer un réseau et de participer à des activités culturelles. Le programme offre également un large éventail de services de soutien, comme l'aide de thérapeutes, par exemple.
Il a commencé par suivre un cursus de psychologie, dans l’intention de devenir psychothérapeute, mais il a eu du mal à accepter certaines lacunes du manuel de diagnostic DSM-V. Il a trouvé que le travail social était plus ouvert aux différentes perspectives culturelles et à une approche autochtone. Il a également constaté que cette discipline était plus encline à considérer la personne dans sa globalité plutôt que de se contenter de la comparer aux normes du DSM-V. Cela cadrait aussi mieux avec la théorie du discours et la théorie critique de la race qu’il étudiait, ainsi qu’avec les enseignements de la roue médicinale qui lui avaient été transmis. Il est aujourd’hui en troisième année et commencera son stage à l’automne. Il espère intégrer un programme communautaire qui utilise la TCC et la méditation dans son travail.

S'il avait un conseil à donner à un étudiant qui suit le même parcours que lui, ce serait de prendre soin de lui-même, car l'année dernière, alors qu'il travaillait comme mentor, il ne l'a pas fait et s'est surchargé. Au bout de quelques mois, cela a fini par lui peser et il s'est effondré. Il a fini par démissionner de son poste de mentor et, après une période d'introspection, il a compris qu'il devait assumer la responsabilité de prendre soin de lui-même au lieu de rejeter la faute sur les circonstances. Avec le recul, il regrette de ne pas avoir reçu davantage d'enseignement sur la prise en charge de soi et les limites à respecter lorsqu'il était plus jeune. Il regrette de ne pas avoir développé davantage de routines de bien-être pendant son adolescence.
Pour changer de vie, il a arrêté de boire et de fumer et a commencé à participer à des cercles de partage entre hommes au centre d'amitié de son quartier. Il participe à des huttes de sudation et apprend les rites ainsi que les enseignements des anciens.
Pour prendre soin de son bien-être mental, Boucher s’est découvert une nouvelle passion : l’observation des oiseaux. Il observe, répertorie et étudie les oiseaux. Cette activité lui permet de se plonger dans la nature et de se changer les idées, en écoutant le chant des oiseaux et les sons de la nature dans la brousse qui borde la rivière Rideau, à quelques minutes seulement de chez lui. Le faucon pèlerin est l’oiseau le plus rare qu’il ait aperçu jusqu’à présent.
Ce qui le motive à persévérer, ce sont les enfants dont il est séparé ; il ne veut pas qu’ils grandissent sans ressources, comme cela a été son cas. Il s’efforce de mettre en place un réseau de soutien solide et un système efficace dont ils pourront bénéficier lorsqu’ils renoueront contact avec lui.
Rêvant de rétablir l'équilibre dans le monde, Damien Boucher suit une formation pour devenir travailleur social afin d'aider les personnes défavorisées à surmonter leurs traumatismes. Conscient que le fait d'aider les autres lui apporte une profonde satisfaction, il travaille d'arrache-pied pour devenir un professionnel accompli, tout en veillant à prendre soin de lui-même. Après avoir débuté ses études en psychologie avant de se tourner vers le travail social, il a trouvé le moyen d'intégrer sa perspective autochtone dans la manière dont il souhaite venir en aide aux autres.
Merci à Alison Tedford Seaweed pour la rédaction de cet article.
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